Il y a quelques semaines David et moi sommes allés à un souper d’anniversaire au restaurant indien du Holiday Inn. La bouffe est bonne, la tablée est bavarde et on célèbre. Après le repas, on me dit que je ne suis pas la seule francophone de la troupe et on me présente Sophie une Française qui enseigne le français au département des langues étrangères de l’université d’Anhui. On a le temps de jaser seulement quelques minutes mais on se dit qu’on se rappellera pour aller prendre le thé bientôt. Je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’elle me relance mais elle là fait et j’ai maintenant une amie Française. Ça fait du bien d’abord d’avoir une copine pour jaser et surtout prendre une pause d’immersion anglaise. Cela dit, Sophie a été chargée d’organiser une semaine du Français à l’université. Sans ambages, elle me demande à la fin de notre première rencontre, le nez encore dans notre tasse de thé aux fleurs si je voulais bien participer à cette rencontre francophone. Je lui dis oui, ne sachant trop à quoi m’attendre mais ne craignant pas trop non plus de la décevoir. Que voulez-vous, je sais que je fais assez bien dans l’oralité. Elle me donne donc carte blanche et je commence à faire germer quelques idées.
Il faut comprendre que les gens qui parlent le français à Hefei se font très rares. Principalement, ma présentation est destinée aux élèves de deuxième année d’immersion en français et quelques professeurs du département. Ils ont donc entre 18 et 20 ans et sont encore débutants dans leurs études de français
J’ai hésité longtemps avant de me fixer sur le sujet de ma présentation. J’ai d’abord pensé faire quelque chose sur la bouffe et faire déguster aux participants quelques recettes québécoises. Ne sachant pas combien de gens allaient se pointer, ça compliquait un peu la chose. Je me suis donc tournée vers sur présentation sur la musique Je choisirais donc des chansons qui parlent de l’importance de la langue française et du pays.
J’ai donc révisé un peu mes notes d’histoire pour réaliser que j’étais loin d’être une passoire. Un point pour moi. J’ai donc pensé à tous les auteurs-compositeurs qui pourraient m’être utiles et j’ai finalement arrêté mon choix sur Gilles Vigneault, Paul Piché, Robert Charlebois, Les Cowboys fringants, Mes Aieux et Locos Locass.
J’ai commencé par leur présenter Gilles Vigneault et ‘Les Gens de mon pays’ pour leur donner un portrait de ce que sont les Québécois et en même temps leur montrer comment la nature prend une place importante dans notre monde. Comment les grands espaces ou les beautés de la nature sont utilisés pour décrire les gens. Ensuite, j’ai enfilé avec ‘Heureux d’un printemps’ de Paul Piché. Ce que les Chinois connaissent du Canada, c’est l’hiver alors je voulais bien sûr effleurer un peu le sujet en présentant un nouveau son à leurs oreilles. J’ai ensuite parlé d’un de nos grands rebelles et je leur ai fait écouter ‘Je reviendrai à Montréal’ de Robert Charlebois. J’ai choisi cette chanson parce que le pays me manque d’abord à moi. Et puis, c’était une belle occasion d’aborder encore une fois les magnificences de la terre en parlant d’aurores boréales et de l’hiver dans sa beauté dure et crue mais incrusté dans nos gènes. J’ai ensuite voulu leur donner un goût plus actuel de la musique nationaliste. J’ai donc pensé que ‘Mon pays’ des Cowboys fringants seraient un bon choix et me donnerait l’excuse parfaite pour parler de la Bataille des Plaines d’Abraham et des forces contradictoires qui animent encore le Québec. Je leur ai donc présenté officiellement Montcalm et Wolfe et j’ai essayé de leur dresser un portrait de notre histoire. Pour continuer dans la veine historique je leur ai fait écouter ‘Dégénération’ de Mes Aïeux pour qu’ils aient une idée de comment les choses ont évoluées à travers les quatre dernières générations. J’aimais l’idée de leur parler de l’importance de la terre et de la famille et comment ces deux piliers ont formé ce que nous sommes maintenant. La dernière chanson je l’ai choisi pour son contenu politique parce que je ne pouvais omettre d’aborder le sujet. Ça me permettais aussi de leur prouver que les sujets de discorde de l’époque de post-stadaconéenne (je me permets un néologisme ici) étaient encore brûlants d’actualité. Alors, ils en ont eu pour leur rhume avec ‘Libérez-nous des Libéraux’ des Loco Locass. Je savais bien qu’ils ne pouvaient comprendre les paroles mais j’ai eu un méchant plaisir à voir leurs faces s’allonger à chaque couplet. Mine de rien, je leur ai dressé un portrait varié tant par les gens musicaux que par les époques représentées.
J’avais prévu que mon intervention serait d’à peu près une heure. J’ai été bien heureuse de constater que les questions affluaient et j’ai tenu 1h40 devant eux à parler du Québec. En plus, je m’étais imaginé que 10 personnes seraient présentes mais la quarantaine d’étudiants et professeurs présents m’a surprise.
Alors voilà, je suis retournée à l’école le temps d’une soirée, heureuse de pouvoir humer l’odeur de la craie.






