…ou Hefei est assiégé.
Le 6 février marquait la fin de l’année du cochon et le début de l’année de la souris (ou du rat, les Chinois n’y voient pas de différence). Dans la chronologie des signes astrologiques chinois, le cochon est le dernier du cycle puisqu’il est gras et paresseux. La souris est le premier de la série et du fait lance avec son air moqueur les 12 prochaines années.
Nous avons pu goûter, depuis notre arrivée en terre chinoise, aux multiples feux d’artifice et à la propension des Chinois à souligner de pétards fumants toutes occasions joyeuses. Il n’est pas rare ici de se faire réveiller avant l’aube par des pétards tonitruants souhaitant à de jeunes mariés des années de bonheur. Les pétards sont aussi le jeu préféré de tous les enfants, garçons ou filles. On les entend s’éclater quotidiennement à trois heures trente pour la sortie des classes. Vous pouvez donc vous imaginer que pour une occasion aussi importante que l’arrivée de la nouvelle année, ils y ont mis le paquet.
Le réveil fut donc assez brutal. L’aube n’avait pas encore revêtu son manteau rosâtre que les explosions se faisaient entendre dans tous les coins de la ville. Les plus proches de nous nous ont fait croire que le Japon avait une fois de plus déclaré la guerre à la Chine et que l’invasion complète du pays était chose faite. Eh bien, non! Ce n’était que le début de plusieurs heures consécutives de bruyantes célébrations. Nous nous sommes donc levés puisqu’il était impossible de penser rester au lit à paresser. Curieux de toutes ces manifestations bruyantes nous sommes sortis en avant-midi pour devenir témoins de cet événement unique. Partout sur le sol on voyait s’entasser les débris de papier rouge, signe indéniable d’une récente explosion. On entendait les pétards et feux d’artifice exploser de partout. La journée entière était dédiée à cette coutume. Revenus de notre marche et abasourdis par tant de bruit nous nous sommes installés confortablement pour une petite soirée pénarde à la maison. Sans aucun avertissement, vers cinq heures et quart la ville se mettait à l’unisson pour un concert décoiffant. C’est que pour que la prospérité matérielle fasse partie de votre vie pour cette année de la souris, il faut absolument faire éclater quelques pétards à exactement 5 heures 18 minutes. Je vous jure que nous nous sommes dressés rapidement de nos chaises pour vérifier si l’armée n’avait pas franchi les portes de la ville. Et pourtant, la plus grande surprise était encore devant nous.
Le reste de la soirée était sans grande surprise. Les explosions étaient régulières mais nos tympans s’étaient habitués aux fréquentes manifestations sonores. Nous nous sommes couchés et après des efforts presque surhumains pour s’endormir à travers cette cacophonie, nous avons enfin pu nous abandonner à nos rêveries. Cela dit, ça n’a pas duré bien longtemps parce que sur le coup de minuit, le tintamarre à atteint des sommets inégalés et franchement effrayants. Il faut bien comprendre que les célébrations du Nouvel An chinois se font en famille. Il n’y a pas de grand rassemblement pour fêter ensemble le passage de l’année. Chacun doit faire éclater ses pétards pour éloigner les démons de l’année à venir, c’est un rituel familial. Alors quand on habite dans un quartier résidentiel où des milliers de familles célèbrent ensemble, ça vous donne un festival nocturne de sons et lumières. Les premiers feux d’artifices nous ont fait sortir du lit en quelques fractions de secondes. On croyait véritablement être en plein bombardement. Le spectacle se donnait autant dans la cour arrière que dans le petit parc devant l’appartement. Profondément curieux, nous nous sommes habillés en vitesse et nous sommes partis à la chasse aux feux d’artifice. C’était définitivement un des moments les plus étranges qu’il nous ait été donné de vivre. On s’attendait tout bonnement à entrer dans la fête et souhaiter à chacun une bonne nouvelle année. Et bien, non! Les rues étaient complètement désertes, nous étions les seuls à courir et parcourir les rues. Les feux d’artifice étaient merveilleux et si proches de nous qu’on avait peine à y croire. Nous avons donc marché pendant près de trois-quarts d’heure dans les rues du voisinage à la recherche des plus belles explosions colorées. On voyait, dans quelques maisons, que les lumières étaient allumées. Nous avons simplement conclu que les gens regardaient les feux de l’intérieur mais nous n’en avons aucune preuve. Ça vraiment été incroyable de marcher dans les rues vides et malgré tout silencieuse des bruits habituels de klaxons et de cris. La ville s’était comme vidée mais les feux témoignaient d’une célébration importante. C’était à n’y rien comprendre.
Le plus drôle dans toute cette histoire c’est que nous avons bénéficié d’un ciel bleu et d’un air clair ces derniers jours. Tout ceci à été anéanti en une journée de célébration. La fumée produite par un feux d’artifice ou un pétard est plutôt surprenante. En quelques minutes, la visibilité est passée de très bonne à bonne pour chuter rapidement à passable. On ne voyait plus, en cette fin de soirée, qu’à quelques vingt mètres devant nous. Et que dire de l’odeur âcre de la poudre explosive qui envahit l’air. Encore ce matin, les restants de la veille sommeillent. Les amoncellements de détritus rouges couvrent les rues et l’odeur nauséabonde des pétards vicie l’air de Hefei. Ce n’est pas tous les jours qu’on célèbre le Nouvel An chinois….Dieu merci!
Je vois que tu parles de l’année de la… souris. Ici, on dit l’année du… rat.
Étrange… Mes filles sont ‘rat(e)s’ depuis 35 ans. En Chine, deviendraient-elle ’souris’? Ça me semble plus sympathique, mais de toute manière, elles (mes filles) sont sympathiques, rat(e)s ou souris!
Merci encore pour ces témoignages vivants, Geneviève et Bonne Année chinoise ou autre!
xxx
Par lise le février 8, 2008
à 11:49
Bonjour Geneviève,
Il y a longtemps que je veux te dire ces choses car elles sont importantes pour moi. J’espère qu’elles le seront également pour toi. Lorsque tu nous as quitté pour la Chine, comme tous ceux qui scrutent ton blogue, j’étais emballé par votre aventure. Doublement, je devrais dire. D’abord en raison du caractère audacieux de votre escapade. Bien plus qu’un simple “voyage en Chine”, en vertu de sa durée et de l’insertion sociale que vous aviez si soigneusement préparée, j’y voyais, comme plusieurs sans doute, une profonde insertion dans la culture et le “modus operandi” chinois. Ensuite, vois-tu, votre voyage représentait pour moi celui que j’aurais voulu faire à votre âge. Je me souviens d’avoir écrit à ce moment-là sur ton bloque quelque chose comme ” … tu seras nos yeux et nos oreilles là-bas…”.
Pourquoi t’écrire tout cela ?
Pour te remercier, Geneviève. Oui, pour te remercier d’avoir fait tellement plus et mieux. À chaque fois que je lis et relis les superbes textes que tu peaufines, avec cette touche vraiment magique qui te caractérise, je réalise à quel
point, plus qu’un simple regard porté sur ton entourage chinois, c’est toute ta sensibilité que tu livres avec tellement de spontanéité. Cela n’a pas de prix. Par ton choix de mots, ton style, le sens du détail, le regard de chez nous que tu jettes sur le tissu social autour de toi, en fin de compte, c’est un peu comme si tu faisais camper un si grand pays dans la cour arrière de ma maison. Tout doucement, à petits pas, cela me permet de m’exercer à faire la chose qui est la plus importante pour moi: COMPRENDRE!
Bonne Année à vous deux!
Merci Geneviève!
Claude
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Par Claude Lamb le février 11, 2008
à 1:24